Voilà encore des propos qui avaient fait beaucoup de bruit… pour pas grand-chose ! Car sur le fond, outre le fait que quoiqu’il arrive cette proposition symbolique ne figurait pas dans la profession de foi de Ségolène Royal, la candidate n’a jamais dit qu’elle reniait la proposition de l’augmentation du SMIC à 1500 € qu’elle avait du reprendre du projet socialiste et faire apparaître dans son pacte présidentiel (« le SMIC sera porté à 1500 euros, le plus tôt possible dans la législature »). Elle a juste expliqué que cette proposition telle qu’elle avait été formulée n’était pas « du tout crédible » aux yeux des Français, et que de façon générale il fallait éviter les propositions symboliques et schématiques, inapplicables telles quelles. Elle avait clairement explicité ensuite que le problème venait du fait que les électeurs ne savaient pas s’il s’agissait du SMIC net ou du SMIC brut, qu’ils ne comprenaient pas à quelle rythme et à quelle échéance cette mesure serait prise, qu’ils avaient peur d’une « smicardisation » de la société française, et que de toute façon, il aurait peut être été possible de l’augmenter encore plus si les socialistes avaient été aux responsabilités !
Pour mieux comprendre combien cette polémique a été montée en épingle, certains allant même jusqu’à accuser Ségolène Royal de mensonge, il est intéressant de relire l’exacte teneur de ses propos à l’émission « Question d’info » (LCP-Le Monde-France Info) le 20 juin 2007.
"Un journaliste : Donc la refondation… Quelle échéance d’abord ? Avec un congrès maintenu à l’automne 2008 ou est-ce qu’il faut avancer ce calendrier ?
Ségolène Royal : Je crois que ce n’est pas une question de calendrier. Mais c’est une question de rapidité d’une mise en mouvement et d’une remise en cause d’un certains nombre de dogmes du passé, d’une analyse et d’une mise à plat aussi de ce qui s’est passé depuis 2002, politiquement, sur les idées que les socialistes ont avancé : celles qui ont été crédibles, celles qui ne l’ont pas été, les idées neuves que j’ai pu avancer pendant la campagne présidentielle, celles qui n’ont pas eu le temps d’être transformées en propositions concrètes par rapport à la perception positive qu’en avaient les Français. C’est tout cela qu’il faut faire et qu’il faut faire vite.
Un journaliste : Vite ça veut dire quoi…
Ségolène Royal : Et en particulier remettre en cause un certain nombre de choses. Par exemple, le Smic à 1500 euros, qui est une idée phare de Laurent Fabius (le SMIC à 1500 euros bruts dans cinq ans) ou la généralisation des 35 heures, sont deux idées qui étaient dans le projet des socialistes, que j’ai dû reprendre dans le pacte présidentiel et qui n’ont pas été du tout crédibles. [...] D’abord les gens se disaient « 1500 euros bruts ? D’abord on parle en net déjà ». Ensuite, « 1500 euros bruts, de toute façon on va y arriver dans les cinq ans… ». Ensuite, ceux qui gagnaient juste au-dessus, qui étaient à 1500 euros nets, pensaient qu’on parlait d’eux. Et j’ai rencontré combien de fois des salariés qualifiés qui étaient à 1500 euros nets qui disaient « mais enfin, on va devenir smicard ». Donc… Et puis, tous les salariés qui étaient dans les petites entreprises qui sont en difficulté qui disaient « mais enfin… », qui comprenaient, eux, que du jour au lendemain le SMIC allait passer à 1500 euros nets, se disaient que ce n’était pas crédible.
Le présentateur : Donc vous êtes en train de nous dire, Mme Royal, que vous défendiez un projet auquel vous ne croyiez pas ?
Ségolène Royal : Je suis… Ca de toute façon ce n’est un secret pour personne.
Un journaliste : Non, non. Moi j’ai appris une chose ce soir.
Ségolène Royal : C’est un secret pour personne que sur certaines mesures qui venaient du projet socialiste, qui ne sont pas passées, qui n’étaient pas crédibles dans la campagne de l’élection présidentielle,… Mais qui, derrière le symbole, étaient politiquement fondées. C’est-à-dire que lorsque l’on défendait le SMIC à 1500 euros bruts, avec les inconvénients que je viens de dire, le message politique, c’était de dire : les socialistes sont favorables à une augmentation des bas salaires.
Le présentateur : À une smicardisation de la société française ?
Ségolène Royal : Non, non, justement. Au contraire. Et vous avez d’ailleurs observé, que dans mes documents de campagne, et en particulier dans le document… dans ma profession de foi qui a été envoyée à tous les Français, il n’y avait pas le SMIC à 1500 euros bruts dans cinq ans. Il y avait la revalorisation des bas salaires, dans le cadre d’une conférence salariale, discutée avec les partenaires sociaux , et dans le cadre d’une amélioration des salaires liée à une amélioration de la qualité du travail, de la formation professionnelle, dans un pacte gagnant-gagnant avec les entreprises.
Le présentateur : En clair, Mme Royal…
Ségolène Royal : En clair, à partir d’un certain nombre de propositions du projet socialiste sur lesquelles je sentais que ce n’était pas crédible dans l’opinion, j’ai bâti, et sans doute avec un délai de temps qui était trop court… J’ai bâti un pacte présidentiel sur certains points, et notamment sur cette question des salaires, ce que j’ai proposé c’est un pacte gagnant-gagnant avec les entreprises où l’on augmente les salaires parce qu’on augmente en même temps la qualité du travail."
Puisque sur le fond il apparaît très clairement que Ségolène Royal ne remet donc pas en cause les fondements de la proposition (augmenter les bas salaires) mais bien sa formulation (ce qui est bien loin d’être le « mensonge » ou la « tromperie » que certains ont évoqué), il faut bien en conclure que ce qu’on lui reproche c’est d’avoir eu le courage de faire publiquement une autocritique honnête, qui plus est plutôt constructive sur le plan de la stratégie politique à adopter dans le futur.